Depuis quelques années déjà, une certaine tendance tend à s’installer dans l’hexagone : la création d’entreprises n’a jamais été aussi florissante. Si le statut de micro entreprise a aidé à la prise de décision chez certains, réduire le phénomène à cette simple explication serait simpliste. Qu’en est-il du salariat à l’aube de 2020 ?

Comment expliquer la hausse des créations d’entreprises ?

Depuis le début des manifestations des Gilets Jaunes, on a compris que les ménages français modestes à moyens sont pris à la gorge. Salaire moyen qui stagne, baisse du pouvoir d’achat, le salarié en a assez. Si des choses ont évolué en un an (hausse des salaires, mais aussi de la prime pour l’emploi), la grogne est toujours de mise. Pourquoi ? Parce que l’on assiste également à une hausse de 3% des prix sur les aliments dits de base…

La hausse des créations d’entreprises est cependant antérieure au mouvement, même si elle a connu en 2019 une envolée, avec plus de 70 000 nouvelles entreprises. Le monde du salariat est également à prendre en considération, pour comprendre la mutation qui est en train de s’opérer.

Si certaines jeunes entreprises prônent le bien-être professionnel, une étude menée dans toute l’Europe en 2019 place la France comme 3ème pays où le stress est omniprésent au travail. Avec les conséquences que l’on connait : Burn-out, dépression, suicide. La citation de Marx serait donc encore d’actualité. Le travail, totalement en désaccord avec la nature profonde de l’Homme, serait une aliénation. Devenir entrepreneur, serait alors vue comme une porte de sortie, un moyen de gagner en liberté, pour travailler mieux, travailler en harmonie avec soi ?

Le statut de micro entreprise (autrefois appelé autoentrepreneur), a permis à certains de cumuler emploi salarié et envie de créer. Une béquille salutaire, pour ceux qui ne voulaient pas lâcher la proie pour l’ombre.

Même si le monde du travail est en constante évolution, notamment, grâce à internet, il n’empêche que bon nombre de français rêvent encore de décrocher un CDI à temps plein. C’est en effet, le seul statut offrant la stabilité, un salaire fixe et surtout permettant de passer en banque, pour un crédit immobilier, par exemple.

Beaucoup continuent de cumuler, mais d’autres décident, en voyant leur activité devenir stable, de voler de leurs propres ailes. Et encore ! Faute d’informations relatives aux possibilités (portage salarial, plateformes…), le nombre de français qui pourraient se mettre à leur compte est minimisé.

Le statut de freelance, plébiscité à 15% lors des créations, permet à de nombreuses personnes de proposer des prestations précises, souvent recherchées dans le monde du travail. Designer, rédacteur, référenceur, secrétaire, peuvent donc démarcher les entreprises. Certains secteurs ayant plus le vent en poupe, comme l’informatique et tous les métiers du web.

Au-delà de l’aspect financier ; et ce n’est pas à négliger ; on crée son entreprise par envie de sens. On refuse donc cette aliénation et l’on veut intégrer la notion de travail comme étant une passion, un prolongement de soi-même. Quitte à y passer des heures, autant y aller le cœur léger, plein d’ambitions et peut être, pour changer le monde. Ainsi, les entreprises à visée écologique et environnementale, mais aussi en lien avec les services à la personne, sont courantes.

Créations d’entreprises en masse : Qu’est ce qui va changer dans le monde du travail ?

Au niveau des entreprises déjà en place, comment voit-on l’arrivée sur le marché de tous ces indépendants ?

Pour un chef d’entreprise, passer par une personne en freelance peut être très intéressant. Les entreprises savent qu’elles doivent se diversifier au maximum et on parle désormais de « projets » à mettre en place, avant de passer au suivant. Il ne conviendrait pas, alors, d’embaucher une personne ; cela générerait trop de frais.

Externaliser une tâche, en passant par un freelance, revient moins cher à l’entreprise (30% en moins). On comprend aisément pourquoi un chef d’entreprise peut y trouver son intérêt. En cas de collaboration fructueuse, il sera facile, pour le patron, de recontacter le freelance. Ce dernier, en fin de tâche, lui adresse sa facture, qui est considérée comme une prestation extérieure. Si son travail à plu, il peut espérer d’autres contrats, bénéficier du bouche à oreille positif.

Mais il peut être tentant et moins énergivore de compter sur des compétences en interne, avec des salariés que l’on connait et que l’on peut faire évoluer, par le biais de formations.

Pour autant, est-ce que le fait de créer une entreprise peut être considéré comme le modèle du futur ? Non, selon des experts, même s’ils s’accordent à dire que nous vivons une époque de transition.

Il faut pourtant bien prendre en compte la peur légitime du salarié lambda qui préfère le confort relatif de son contrat actuel. Car n’est pas entrepreneur qui veut. Il faut en avoir l’ambition, le courage et accepter le fait que l’on doive travailler, souvent plus, qu’en étant salarié. Il peut être difficile, selon les domaines d’activité, de trouver ses clients. Comme nous l’avons vu, les métiers liés à l’informatique notamment sont très porteurs. Ce sont les clients qui vont à la rencontre du freelance car il possède des compétences très recherchées et il peut vivre plus que décemment de son activité.

Mais peut-on rencontrer le même type de succès quand on veut s’installer en tant que service de conciergerie dans une ville de moyenne importance, par exemple ?

Autre point à prendre en compte, quand on s’immatricule en tant qu’indépendant : la protection sociale. N’étant pas salarié, le freelance ne peut pas bénéficier de la mutuelle proposée par l’employeur. Il lui faut donc trouver une complémentaire adaptée. Un coût qui peut impacter, sachant que certains mois peuvent être moins riches en missions. Il faudrait alors revisiter la protection sociale telle que nous la connaissons, pour l’adapter aux besoins individuels.

Le monde de l’entreprise vise à favoriser l’automatisation. On veut aller plus vite, être plus productifs, pour des bénéfices accrus. Quid alors de toutes ces personnes qui vont, petit à petit, être remplacées par des machines-outils à commande numérique ? Pour être certains de rester en poste, il faudra être créatif, ou avoir une activité en lien avec le relationnel. Bref, une activité que les machines ne peuvent pas faire à notre place.

Une perspective angoissante sachant qu’une grande partie de la population peut ne pas se reconnaître dans ce portrait et dans ces compétences, autant qu’elle ne se reconnait pas dans les responsabilités qui incombent au chef d’entreprise…

Une période hybride. Voilà comment l’on pourrait qualifier ces années qui voient apparaître un nombre importants de freelances, avides de liberté, face à des salariés soucieux de conserver leur stabilité, alors même que les patrons hésitent entre les deux statuts, pour leurs prestations…