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Investir dans l’immobilier locatif via une société : risques et protections

Acheter un appartement locatif par l’intermédiaire d’une société peut présenter plusieurs avantages, notamment lorsqu’on souhaite investir à plusieurs ou développer un patrimoine immobilier. Mais cette organisation entraîne aussi des obligations parfois sous-estimées.

Fiscalité, remboursement du crédit, responsabilité des associés ou gestion des sinistres : la société doit pouvoir faire face à ses engagements, même lorsque le logement ne rapporte plus rien. Avant de se lancer, mieux vaut comprendre les risques et les protections réellement disponibles.

 

Choisir la bonne structure avant de signer

Une entreprise peut acheter directement un bien immobilier ou passer par une structure dédiée. Notre guide sur l’investissement immobilier en entreprise détaille notamment l’investissement direct, la SCI et les montages avec une holding.

Pour un projet détenu à plusieurs, la société civile immobilière (SCI) permet d’organiser la gestion du patrimoine. Les statuts précisent notamment les pouvoirs du gérant, les modalités de prise de décision et les conditions de cession des parts.

Mais le choix entre l’impôt sur le revenu (IR) et l’impôt sur les sociétés (IS) peut avoir des conséquences financières importantes.

Dans une SCI à l’IR, les associés sont généralement imposés sur leur quote-part de résultat, même si les bénéfices restent dans la société. Lors de la vente d’un logement, le régime des plus-values immobilières des particuliers s’applique en principe, avec des abattements liés à la durée de détention.

À l’IS, la société peut notamment amortir comptablement le bâtiment, ce qui réduit son résultat imposable pendant la détention. En contrepartie, ces amortissements diminuent sa valeur comptable et peuvent augmenter la plus-value taxable lors de la revente.

Un montage fiscalement intéressant pendant la location ne l’est donc pas nécessairement au moment de vendre. C’est pourquoi il faut raisonner sur toute la durée de l’investissement, et pas uniquement sur les premiers loyers.

 

une calculatrice et des stats

 

Protéger le bien sans tout mélanger

Un dégât des eaux, un incendie ou un sinistre survenu pendant une période de vacance peut entraîner des réparations importantes. La société propriétaire doit donc vérifier les garanties dont elle dispose, indépendamment de celles souscrites par son locataire.

Pour un appartement situé en copropriété, l’assurance responsabilité civile du copropriétaire est obligatoire, qu’il occupe ou non le logement. Cette obligation figure à l’article 9-1 de la loi du 10 juillet 1965.

Une assurance pno sci peut couvrir certains dommages au logement ainsi que la responsabilité civile du propriétaire, selon les garanties du contrat. Elle peut aussi intervenir dans des situations qui ne relèvent pas directement de l’assurance du locataire.

Attention toutefois à ne pas confondre les différentes protections. Une assurance propriétaire non occupant ne couvre pas automatiquement les loyers impayés, la perte de revenus liée à une vacance locative ou tous les travaux nécessaires après un sinistre.

Avant de souscrire, il faut notamment regarder les exclusions, les franchises et les plafonds d’indemnisation. Une garantie peu coûteuse peut se révéler insuffisante si les dommages dépassent largement les montants prévus au contrat.

 

Le crédit continue quand le logement est vide

Un appartement vacant ne produit plus de loyer, mais le prêt immobilier, la taxe foncière, les charges de copropriété et les dépenses d’entretien restent à payer.

Prenons un logement loué 850 € par mois. Deux mois sans locataire représentent déjà 1 700 € de recettes non encaissées. Si la société rembourse parallèlement un crédit de 650 € par mois, elle doit continuer à verser 1 300 € à la banque pendant cette période, sans compter les autres charges.

Ce scénario n’a rien d’exceptionnel. Entre le départ d’un locataire, la remise en état du logement et la recherche d’un nouvel occupant, plusieurs semaines peuvent s’écouler.

Le financement ne devrait donc pas reposer sur l’hypothèse de douze mois de loyers encaissés chaque année. Une réserve de trésorerie permet d’absorber une période sans locataire ou une réparation imprévue.

Le risque est particulièrement important lorsque la société ne possède qu’un seul appartement. Une vacance locative prive alors la structure de la totalité de ses revenus immobiliers.

 

Les associés sont-ils vraiment protégés par une SCI ?

La création d’une SCI ne met pas automatiquement le patrimoine personnel des associés à l’abri.

Contrairement à une société à responsabilité limitée, les associés d’une SCI répondent indéfiniment des dettes sociales, proportionnellement à leur participation au capital.

Cette règle est prévue par l’article 1857 du Code civil.

Prenons une SCI détenue par deux associés, l’un possédant 60 % des parts et l’autre 40 %. Si la société ne peut pas régler une dette de 20 000 €, leur responsabilité peut être recherchée respectivement à hauteur de 12 000 € et 8 000 €, sous réserve des conditions légales applicables.

Les créanciers doivent néanmoins avoir préalablement poursuivi la société sans succès, conformément à l’article 1858 du Code civil.

Autre point à surveiller : lors d’un financement immobilier, la banque peut demander aux associés de se porter personnellement caution. Cet engagement peut avoir des conséquences distinctes de leur responsabilité en tant qu’associés.

La SCI reste donc un outil intéressant pour organiser un patrimoine, mais elle ne constitue pas une protection absolue contre les difficultés financières.

 

Prévoir les désaccords entre associés

Une SCI fonctionne avec des personnes dont les projets peuvent évoluer. Un associé peut avoir besoin de récupérer son argent, souhaiter vendre le logement ou refuser de financer de nouveaux travaux.

Ces situations deviennent délicates lorsque les statuts n’ont pas prévu de règles suffisamment précises.

Imaginons deux associés possédant chacun 50 % d’une SCI. L’un souhaite vendre l’appartement pour récupérer son capital, tandis que l’autre préfère conserver le bien afin de continuer à percevoir les loyers.

Sans règles adaptées, certaines décisions peuvent se retrouver bloquées.

Les statuts doivent donc préciser les pouvoirs du gérant, les conditions de vote et les modalités de cession des parts. Il est également utile d’anticiper les besoins de financement supplémentaires, notamment lorsque des travaux importants deviennent nécessaires.

Un désaccord sur une dépense de quelques milliers d’euros peut rapidement fragiliser une relation entre associés, surtout lorsque chacun doit apporter de l’argent personnel.

 

Tester le projet avant l’achat

Avant de signer, quelques scénarios permettent d’évaluer la solidité du montage. L’objectif n’est pas de prévoir tous les problèmes, mais de vérifier que la société dispose de solutions si les choses ne se déroulent pas comme prévu.

Situation Point à vérifier
Deux mois sans locataire La trésorerie couvre-t-elle le crédit et les charges ?
Désaccord entre associés Les statuts précisent-ils qui peut décider ?
Sinistre dans le logement Les garanties correspondent-elles à l’usage du bien ?
Travaux imprévus de 10 000 € Comment la dépense sera-t-elle financée ?
Revente anticipée Les conséquences fiscales ont-elles été chiffrées ?

Ce travail peut révéler qu’un investissement rentable sur le papier devient beaucoup moins confortable après quelques mois difficiles.

 

un pro en train de signer un document

 

FAQ : investir dans l’immobilier locatif via une société

Peut-on acheter un appartement locatif avec sa société ?

Oui, une société peut acquérir un logement destiné à la location, sous réserve notamment que l’opération soit compatible avec son objet social.

Une entreprise commerciale peut investir directement dans l’immobilier ou détenir des parts d’une SCI.

Il faut néanmoins distinguer le patrimoine immobilier des besoins de l’activité principale. Immobiliser une part importante de sa trésorerie dans un appartement peut fragiliser une entreprise qui doit financer ses investissements, ses salariés ou son développement.

Une SCI peut-elle louer un appartement meublé ?

Oui, mais cette activité entraîne des conséquences fiscales particulières.

La location meublée est considérée comme une activité commerciale sur le plan fiscal. Une SCI qui l’exerce relève donc, en principe, de l’impôt sur les sociétés.

L’administration fiscale prévoit toutefois une tolérance lorsque les recettes commerciales accessoires ne dépassent pas 10 % des recettes totales hors taxes de la SCI, selon les conditions prévues par sa doctrine.

Pour une SCI dont l’activité principale est la location meublée, cette tolérance ne constitue donc généralement pas une solution.

Que se passe-t-il lorsqu’une SCI revend son logement ?

Tout dépend du régime fiscal retenu.

Dans une SCI à l’IR, la vente relève généralement du régime des plus-values immobilières des particuliers. Des abattements peuvent réduire l’imposition en fonction de la durée de détention.

Dans une SCI à l’IS, le calcul repose notamment sur la valeur nette comptable du bien. Les amortissements pratiqués pendant la détention peuvent donc augmenter la plus-value imposable.

La différence peut être importante après quinze ou vingt ans. Avant d’opter pour l’IS, il est préférable de faire simuler la fiscalité de la revente par un professionnel.

 

Une société ne supprime pas les risques

Détenir un logement locatif via une société peut faciliter la gestion à plusieurs et permettre de structurer un patrimoine sur le long terme. Mais la création d’une SCI ne rend pas automatiquement un investissement plus rentable ou moins risqué.

La fiscalité, les engagements des associés et les dépenses imprévues doivent être étudiés avant l’acquisition.

Un projet bien préparé doit pouvoir supporter quelques mois sans locataire, des travaux non anticipés et, si nécessaire, une revente plus tôt que prévu. C’est souvent sur ces situations que se mesure la solidité réelle d’un investissement immobilier.

 

Sources juridiques et fiscales de l’article :

Dernière modification le par Frédéric Courtois

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L'auteur : Frédéric COURTOIS

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