Diriger une entreprise implique de nombreuses responsabilités, notamment lorsqu’il s’agit d’anticiper son avenir financier. Entre la gestion de l’activité, les investissements et les variations de rémunération, la préparation de la retraite peut parfois passer au second plan. Pourtant, les revenus perçus après la vie professionnelle ne correspondent pas nécessairement à ceux de la période d’activité. Comment les chefs d’entreprise peuvent-ils se constituer une épargne complémentaire ? Le Plan d’Épargne Retraite (PER) représente une solution à envisager pour préparer cette transition, tout en bénéficiant d’un cadre fiscal spécifique.
Pourquoi le PER peut-il intéresser les chefs d’entreprise ?
Une épargne complémentaire à la retraite obligatoire
Les chefs d’entreprise cotisent à un régime de retraite qui varie selon leur statut. Un président de SAS rémunéré relève généralement du régime des assimilés salariés, tandis qu’un gérant majoritaire de SARL dépend du régime des travailleurs indépendants.
Ces différences influencent les modalités de calcul des cotisations et les droits acquis pour la retraite. Dans les deux cas, il peut être utile d’anticiper l’écart éventuel entre les revenus professionnels et la future pension.
Le plan d’épargne retraite constitue une possibilité pour compléter ces revenus. La Macif propose notamment un PER accessible aux dirigeants, permettant de constituer progressivement une épargne destinée à la retraite, selon les conditions du contrat.
L’objectif est de disposer d’un complément financier au moment de cesser son activité, sans dépendre uniquement des pensions issues des régimes obligatoires.
Des versements adaptés aux revenus du dirigeant
La rémunération d’un chef d’entreprise peut évoluer en fonction des résultats de son activité. Certains dirigeants disposent de revenus réguliers, tandis que d’autres connaissent des variations importantes d’une année à l’autre.
Le PER individuel permet généralement d’effectuer des versements ponctuels ou programmés, selon les modalités prévues au contrat.
Cette souplesse peut être intéressante pour ajuster son effort d’épargne à sa situation financière.
Un dirigeant peut, par exemple, augmenter ses versements lorsqu’il dispose de revenus personnels plus importants ou privilégier une épargne moins élevée pendant une période d’investissement professionnel.
Il reste toutefois essentiel de préserver une épargne disponible pour ses besoins personnels et de ne pas confondre les ressources du dirigeant avec la trésorerie de son entreprise.
Quels avantages fiscaux le PER offre-t-il aux dirigeants ?
L’un des principaux intérêts du PER réside dans la possibilité de déduire certains versements volontaires des revenus imposables.
La déduction des versements volontaires
Les sommes versées volontairement sur un PER peuvent, sous certaines conditions, être déduites du revenu imposable dans la limite d’un plafond annuel.
Pour un dirigeant assimilé salarié, les règles de déduction applicables aux particuliers peuvent notamment être utilisées.
Les travailleurs non salariés relevant d’un régime fiscal au réel peuvent, quant à eux, bénéficier de plafonds spécifiques dans le cadre de leur activité professionnelle, sous réserve de respecter les conditions légales.
L’intérêt de la déduction dépend notamment de la tranche marginale d’imposition du dirigeant. Plus celle-ci est élevée, plus l’économie d’impôt potentielle liée à un versement déductible peut être importante.
Toutefois, cet avantage doit être apprécié sur l’ensemble de la durée du placement, car les sommes récupérées à la retraite peuvent être imposables.
Une fiscalité différente selon le mode de sortie
Le PER permet de choisir entre la déduction fiscale des versements et leur non-déduction.
Ce choix influence la fiscalité applicable lorsque l’épargne est récupérée.
Pour les versements volontaires, plusieurs situations peuvent être distinguées :
- Les versements déduits des revenus imposables : en cas de sortie en capital, la part correspondant aux versements est soumise à l’impôt sur le revenu, selon les règles applicables ;
- Les versements non déduits : en cas de sortie en capital, la part correspondant aux versements bénéficie d’une exonération d’impôt sur le revenu ;
- Les gains générés par l’épargne : leur fiscalité dépend notamment du mode de sortie et des règles en vigueur ;
- La sortie en rente viagère : elle relève d’un régime fiscal qui varie selon l’origine des versements et leur traitement à l’entrée.
Il est donc préférable d’évaluer l’intérêt du PER en tenant compte à la fois de la situation fiscale actuelle du dirigeant et de celle qu’il anticipe à la retraite.
Comment fonctionne l’épargne investie sur un PER ?
Les sommes versées sur un PER sont placées sur différents supports d’investissement, dont les caractéristiques varient selon les contrats.
La gestion pilotée à horizon retraite
Dans le cadre de la gestion pilotée à horizon, l’épargne est répartie entre différents supports en fonction du temps restant avant la retraite.
Lorsque cette échéance est éloignée, une part plus importante peut être investie sur des supports présentant un potentiel de rendement supérieur, mais également davantage de risques.
À mesure que la retraite approche, la répartition évolue généralement vers des supports considérés comme moins risqués.
Cette organisation permet d’adapter progressivement la stratégie d’investissement à l’horizon du placement.
Elle ne supprime toutefois pas le risque de perte en capital, particulièrement sur les unités de compte, dont la valeur fluctue selon les marchés financiers.
Les frais et les performances à examiner
Avant de souscrire un PER, il est important de comparer les caractéristiques des contrats disponibles.
Les frais peuvent avoir un impact sur le capital accumulé à long terme, notamment lorsqu’ils sont prélevés régulièrement sur l’épargne.
Plusieurs éléments méritent une attention particulière :
- Les frais sur versement : ils peuvent être prélevés lors de l’alimentation du contrat ;
- Les frais de gestion : ils sont généralement appliqués chaque année sur l’épargne investie ;
- Les frais d’arbitrage : ils peuvent s’appliquer lors d’un changement de répartition entre les supports ;
- Les supports disponibles : ils déterminent les possibilités de diversification et les niveaux de risque ;
- Les modes de gestion : ils permettent de choisir le degré d’autonomie souhaité dans le suivi de l’épargne.
Les performances passées peuvent apporter des informations sur l’évolution historique des supports, mais elles ne permettent pas de garantir leurs résultats futurs.
Comment récupérer son PER au départ à la retraite ?
Le choix entre capital et rente viagère
Au moment de la retraite, les sommes issues des versements volontaires peuvent généralement être récupérées sous différentes formes.
La sortie en capital permet de disposer de tout ou partie de l’épargne accumulée, en une ou plusieurs fois.
Cette solution peut notamment intéresser un dirigeant souhaitant financer un projet personnel ou disposer d’une réserve financière après la cessation de son activité.
La rente viagère permet, quant à elle, de percevoir un revenu régulier pendant le reste de sa vie, selon les modalités contractuelles.
Une combinaison du capital et de la rente peut également être envisagée pour associer disponibilité financière et revenus complémentaires.
Les possibilités de déblocage avant la retraite
Dans certaines situations exceptionnelles, la réglementation autorise le déblocage anticipé du PER.
Cette possibilité concerne notamment l’acquisition de la résidence principale, l’invalidité, le décès du conjoint ou partenaire de Pacs, le surendettement ou l’expiration des droits aux allocations chômage.
Pour les chefs d’entreprise, des situations professionnelles spécifiques peuvent également être concernées, notamment la cessation d’une activité non salariée à la suite d’un jugement de liquidation judiciaire.
La révocation ou le non-renouvellement d’un mandat social peut aussi ouvrir droit à un déblocage sous certaines conditions.
Ces possibilités restent strictement encadrées. Le PER ne doit donc pas être considéré comme une réserve destinée à couvrir les besoins courants de l’entreprise.
Comment intégrer le PER à sa stratégie patrimoniale ?
Pour un chef d’entreprise, la préparation de la retraite doit s’inscrire dans une réflexion plus large sur son patrimoine personnel, ses revenus futurs et l’évolution de son activité.
Anticiper ses besoins financiers après l’activité
La première étape consiste à estimer le montant de sa future pension en consultant son relevé de carrière et les droits acquis auprès des régimes obligatoires.
Cette estimation permet d’identifier les éventuels besoins de revenus complémentaires.
Il est également utile de tenir compte des projets envisagés après la retraite, des charges du foyer et de la situation patrimoniale globale.
Un dirigeant qui prévoit de céder son entreprise ne doit pas nécessairement considérer le produit de cette cession comme une ressource acquise. Sa valeur et les conditions de transmission peuvent évoluer.
Constituer une épargne retraite indépendante de son activité professionnelle peut ainsi contribuer à diversifier les ressources disponibles à long terme.
Conserver un équilibre entre épargne et liquidités
Le PER présente un horizon de placement long et des possibilités de retrait limitées avant la retraite.
Il est donc préférable de ne pas y consacrer l’ensemble de son épargne personnelle.
Le chef d’entreprise peut notamment conserver une réserve disponible pour faire face à ses dépenses courantes, aux imprévus familiaux ou à une baisse temporaire de rémunération.
Cette précaution est particulièrement importante lorsque les revenus dépendent directement des performances de l’activité.
Enfin, la stratégie d’épargne mérite d’être réévaluée régulièrement, notamment en cas de changement de statut, d’évolution de la rémunération ou de préparation d’une transmission d’entreprise.
Que retenir ?
Le plan d’épargne retraite peut constituer un outil intéressant pour les chefs d’entreprise souhaitant anticiper la fin de leur activité professionnelle. Grâce à des versements adaptables, à un cadre fiscal spécifique et à plusieurs possibilités de sortie, il permet de préparer un complément de revenus pour la retraite. Son intérêt dépend toutefois du statut social, de la fiscalité et de la situation patrimoniale du dirigeant. Une approche progressive, associée à une épargne disponible et à une bonne connaissance de ses droits à la retraite, permet de préparer cette transition dans de meilleures conditions.







