L’époque des ordonnances Macron existe-t-elle encore pour les entrepreneurs ? En 2018, les démarches administratives pour créer une micro-entreprise ont été considérablement simplifiées. Mais aujourd’hui, entre l’adoption retardée du projet de loi de finances (PLF) pour 2025 et la suspension de la réforme de l’abaissement du seuil de franchise en base de TVA à 25.000 €, les entrepreneurs cherchent plus de sécurité.
Selon l’INSEE, la dynamique entrepreneuriale reste forte : 1 111 200 nouvelles entreprises ont été créées en 2024, soit une hausse de 6 % par rapport à l’année précédente. Si les micro-entreprises dominent toujours les créations avec 716 200 immatriculations, les sociétés connaissent également un regain d’intérêt, notamment les sociétés par actions simplifiées (SAS), qui représentent 68 % des nouvelles structures.
Pierre Aïdan, cofondateur de Legalstart, observe cette évolution : “En tant qu’indépendant, il est difficile de bâtir une activité sur le long terme quand on ne sait pas si son régime fiscal ou social va changer dans un an. C’est pour cela que nous voyons de plus en plus d’entrepreneurs se tourner vers la SASU, qui offre un cadre plus stable.”
Dans ce contexte, la SASU s’impose comme une réponse pragmatique pour ceux qui veulent entreprendre en toute sécurité, tout en conservant une certaine flexibilité.
Quelles sont les motivations qui poussent les entrepreneurs à se tourner vers la SASU ?
En à peine deux mois, l’année 2025 s’avère déjà être une période déstabilisante pour les entrepreneurs. Entre réformes suspendues et hausses des cotisations, l’environnement fiscal leur laisse peu de visibilité sur l’avenir.
La suspension de la réforme abaissant le seuil de franchise de TVA à 25.000 € a certes soulagé de nombreux micro-entrepreneurs, mais pour combien de temps ? Son application reste pour l’instant en suspens, plongeant une nouvelle fois le monde de l’entrepreneuriat dans l’incertitude. Pour ceux dont le régime repose sur la franchise en base de TVA, cette situation complique les projections financières et pousse certains à anticiper un changement de statut pour sécuriser leur activité.
Autre point de tension : l’augmentation des cotisations sociales pour les micro-entrepreneurs exerçant une activité libérale relevant des bénéfices non commerciaux (BNC). Après une première hausse en 2024, celles-ci sont passées de 23,1 % à 24,6 % au 1ᵉʳ janvier 2025, et atteindront 26,1 % au 1ᵉʳ janvier 2026. Une évolution qui réduit considérablement l’attractivité du régime micro-social, longtemps vanté pour sa simplicité et ses faibles charges.
Dans ce contexte, créer une SASU apparaît comme une alternative plus prévisible.
Pourquoi la SASU est-elle une alternative considérée comme viable dans le contexte économique actuel ?
La SASU offre un cadre fiscal plus stable. Contrairement au régime de la micro-entreprise, elle ne connaît pas de plafonds de chiffre d’affaires, permettant donc aux entrepreneurs de davantage développer leur activité. De plus, soumise à l’impôt sur les sociétés (IS), la SASU permet à l’entrepreneur de bénéficier d’un taux réduit de 15 % sur les premiers 42.500 € de bénéfices sous certaines conditions, contre 25 % au-delà.
Par ailleurs, en cas de rémunération versée au président, celle-ci est déductible du résultat imposable si la SASU est soumise à l’IS. Le président peut néanmoins décider de ne pas se verser de rémunération. Dans ce cas, il est possible d’opter pour le versement de dividendes qui sont quant à eux soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %.
Au-delà de l’aspect fiscal, la SASU est considérée comme viable en raison de la protection qu’elle confère au patrimoine de l’entrepreneur. En effet, la SASU assure une séparation nette entre le patrimoine de l’entrepreneur et celui de la société. En ces temps où règne l’incertitude, la possibilité de limiter les risques en cas de difficultés financières pèse fortement dans la balance.
Par ailleurs, la SASU permet aux entrepreneurs de commencer un projet seul, mais ne ferme pas la porte à une éventuelle croissance de l’activité. En effet, transformer une SASU en SAS est relativement simple.
Mais attention, bien que la SASU soit considérée comme un choix viable par de nombreux entrepreneurs, elles présentent également quelques contraintes. Parmi elles, les charges sociales qui peuvent être plus élevées en cas de rémunération, car le président est affilié au régime général qui est plus coûteux que celui des travailleurs indépendants. Il est par ailleurs possible de citer que la tenue d’une comptabilité complète, contrairement à la micro-entreprise, impose des formalités administratives plus lourdes. Mais cela ne vaut-il pas la sécurité et la souplesse qu’offre le SASU ?
Quels profils d’entrepreneurs privilégient la SASU ?
Si la SASU séduit un grand nombre d’entrepreneurs, certains profils sont plus concernés que d’autres. Parmi eux, les consultants et freelances. Contrairement à la micro-entreprise, la SASU leur permet d’optimiser leur fiscalité en fonction de leurs revenus. Autre atout de taille : son président relève du régime général de la Sécurité sociale en tant qu’assimilé salarié. Une couverture bien plus protectrice que celle du régime des indépendants, ce qui explique en partie pourquoi la SASU s’impose comme une alternative rassurante en cette période d’incertitude économique.
Legalstart observe également un intérêt croissant de la part des entrepreneurs qui visent un développement à moyen terme. La SASU leur offre en effet l’opportunité de lancer leur activité seul, tout en leur permettant de s’adapter aisément à une croissance rapide.
Enfin, artisans et commerçants sont de plus en plus nombreux à privilégier la SASU. Dans un contexte économique marqué par l’instabilité, la SASU leur permet de sécuriser leur activité en protégeant leur patrimoine personnel.
2025 est donc une année d’ores et déjà marquée par l’instabilité. La prudence exige d’anticiper plutôt que de s’exposer aux aléas fiscaux. Dans ce contexte, la SASU se présente comme une solution stratégique : elle offre la souplesse nécessaire pour commencer seul et garantit un cadre fiscal protecteur. Son régime stable, sa capacité d’adaptation à la croissance et ses avantages en matière de protection sociale en font un choix de plus en plus privilégié par les entrepreneurs.
Pour aller plus loin :
SASU ou EURL : Laquelle choisir ?
Sources de l’article :
https://entreprendre.service-public.fr/vosdroits/F37383
Dernière modification le par Frédéric Courtois






